:: L'Arrêt Chérupe* ou le droit à ne pas être adopté ::.
Courrier soumis aux journaux "Le Soir", "La Libre Belgique", "La Dernière Heure" le jeudi 22 juin 2005 par e-mail
"Après une interminable procédure et un débat sociétal passionnel, la Cour de cassation a rendu son jugement final. Dans son arrêt, elle reconnaît à Kim Chérupe son droit à ne pas être adoptée. La Cour condamne l'orphelinat de son pays d'origine ainsi que l'agence d'adoption à dédommager Kim Chérupe pour défaut de prévoyance et non-assistance à personne en détresse morale. D'autre part, la Cour invite les pays concernés à revoir leur législation en terme d'adoption internationale et de revoir leurs accords.
C'est donc avec grand soulagement que Kim Chérupe se voit conforter dans sa requête du droit à ne pas être adoptée. D'origine asiatique, Kim est arrivée à l'âge de 6 mois. Adoptée par un couple "iso-sexué" très charmant. Malgré toute leur bonne volonté, ceux-ci n'ont pu aider leur fille Kim à faire face aux nombreuses difficultés qu'elle a rencontrée tout au long de son enfance. La violence verbale entre enfants est souvent bien plus marquante et blessante que la violence entre personnes adultes, surtout lorsqu'on ne se sent pas responsable d'avoir une couleur de peau plus brune, des yeux un peu plus en amande ou encore d'avoir des parents "iso-sexués". Une violence qui peut parfois ne pas être compensée par l'attention parentale.
Pourquoi elle et pas d'autres ? Quelle est donc cette gigantesque loterie où l'on joue avec la vie des enfants ? Qu'a-t-elle fait pour mériter tout cela ? Qui sont-ils ceux qui s'arrogent le droit de parler "au nom du droit des enfants" et qui édictent des lois pour paraître " politiquement correcte" ? Qui sont ces personnes qui "utilisent" les enfants comme prétexte pour mener un combat militant ? Tant de questions qui resteront probablement sans réponses. La nature humaine est si complexe et parfois si égoïste.
Elle aurait tant voulue pouvoir grandir dans son pays d'origine auprès de sa mère biologique qu'elle vient à peine de retrouver.
Malheureusement, la politique sociale à l'égard des mères célibataires n'est pas favorable dans son pays d'origine. Voilà donc son nouveau combat. Pousser les pays "sources" de bébés à adopter une politique sociale plus juste et de réduire ainsi les abandons. Mais ceci est une autre histoire."
Cette histoire est une pure fiction. Toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existées, des situations passées, présentes ou à venir serait purement fortuite et involontaire.
Cette petite histoire tente de démontrer vers quelle absurdité nous risquerions d'aboutir à force de précipiter le débat et de céder aux pressions "lobbyistes" et "militantes" de certaines associations, et cela sans se donner le temps de la réflexion et de prendre la peine d'écouter les premières personnes concernées : à savoir les adoptés eux-mêmes, devenus assez adultes pour s'exprimer sur le sujet ! Ces derniers semblent être totalement ignorés (voire exclus) du débat.
Il est évident que le débat général sur l'adoption restera à jamais ouvert tant qu'il y aura des hommes sur cette terre. A se demander parfois si le débat n'est pas stérile par moment.
Il est également tout aussi évident que le débat sur l'adoption par les couples 'iso-sexués', n'est en aucun cas un jugement porté sur les orientations sexuelles des personnes concernées.
Dans le débat de l'adoption par les couples "iso-sexués", la "réponse" (pour autant qu'il en existe bien une) n'est pas aussi duale que cela. Il importe de ne pas mélanger les genres et de se poser les bonnes questions. Entres-autres :
- Y-a-t-il un lien biologique 'héréditaire' avec l'un des parents (père ou mère de l'enfant) ?
- S'agit-il de l'adoption d'un enfant légitime par le/la conjoint(e) du père/mère de l'enfant ?
- S'agit-il d'une adoption dont l'enfant provient d'un pays où l'homosexualité est socialement acceptée ?
- Les structures d'accompagnement 'post-adoption' sont-elles adaptées pour prévenir, autant que possible, tous problème ?
Enfin, last but not the least, recentrer le débat vers l'essentiel. Il serait courageux de ne pas éluder la réelle problématique sociétale qui se cache derrière tous ces débats :
- Pourquoi, au XXIème siècle, des personnes abandonnent encore leurs bébés/enfants ? Personne ne semble se soucier de savoir/comprendre pour quelles raisons des bébés/enfants sont disponibles pour l'adoption.
- Quelles sont les malheurs et déchirements qui se cachent derrière tout cela ?
Je me permettrai de reprendre mes conclusions parues dans le courrier des lecteurs de "La Libre Belgique" du 28 mai 2004 :
L'adoption est une aventure formidable autant pour les parents que pour les enfants à condition que celle-ci soit bien préparée et qu'elle se fasse dans un milieu familial équilibré et stable. Ne perdez jamais à l'esprit que l'enfant qui vous arrive (que cela soit un bébé de quelques semaines ou un enfant de 10 ans), dispose déjà d'un lourd passé, d'une histoire, d'une blessure... celui, au minimum, de l'abandon. Derrière ce simple geste se cache de nombreux questionnements, de nombreuses hantises, telle une pièce du puzzle manquante.
Ne vous battez pas pour avoir le droit d'un enfant, mais battez-vous pour que l'enfant puisse répondre à ses questions et retrouver une dignité 'abandonnée'.
La question de l'adoption mérite qu'on adopte un autre regard sur celle-ci avant de scander n'importe quelle revendication en l'air... ici, on ne brade pas les enfants, on se doit de les respecter (du moins, j'ose l'espérer au plus profond de moi) !
Tanguy Verraes
Belge de coeur, coréen de sang.
* Certains auront fait le rapprochement avec un certain "Arrêt Péruche" qui avait fait grand bruit en France durant l'année 2004 à propos du droit à ne pas être né !

